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Les précautions à prendre face aux "sources" (manuscrits, enluminures) (Read 3 966 times)
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Les précautions à prendre face aux "sources" (manuscrits, enluminures)
04/08/09 à 08:57:30
 
Ca a l'air stupide, comme remarque, mais encore trop de gens s'appuient sur des représentations (statues, peintures...) de personnage  typiquement bibliques.

Evidemment, les illustrations de passages de la bible sont les plus nombreuses, surtout avant le 14°.

Mais il vaut mieux éviter de s'appuyer sur des détails vestimentaires des personnages principaux : apôtres, Marie, centurion au pied de la croix, autres personnages symboliques. Justement à cause des symboles dont ils sont dotés  (Marie avec soit son manteau immaculé, soit sa robe rouge et son manteau bleu,  son inévitable "voile", ses ornements sobres mais "classe", les personnage forcément juifs de par leur fonction même, avec un chapeau spécial, et tous puis les archétypes qui doivent être reconnaissables au premier coup d'oeil par ceux qui sont imprégnés de la culture biblique - qui nous fait souvent  défaut à présent qu'il s'agit de comprendre et d'identifier ce que nous voyons)

Les personnages secondaires et témoins anonymes  en revanche peuvent être de bon modèles car ils ont probablement été réactualisés à la mode contemporaine (probablement, mais ce n'est pas non plus une règle absolue) : servantes, domestiques, bergers, sages-femmes, visiteurs, palefreniers...
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Re: Les précautions à prendre face aux "sources".
Reply #1 - 01/09/10 à 19:51:01
 
Dans le même ordre d'idée, il faut prendre quelques minutes pour rechercher le "pedigree" de l'oeuvre considérée afin de ne pas prendre comme exemple un personnage extrêmement codifié, que nous n'aurions pas repéré. Autant que faire se peut, ne jamais dissocier l'image de son contexte (manuscrit si c'est une peinture, architecture si c'est une sculpture, etc...)

Lorsqu'une légende est disponible, ne pas hésiter à s'y rapporter (à condition que la légende soit faite par quelqu'un de compétent et pas le premier blogueur venu, bien entendu).

Si l'histoire du manuscrit a été étudiée, c'est encore plus intéressant : des érudits n'auront pas manqué de signaler si  le manuscrit en question est une copie plus ou moins réactualisée d'un manuscrit antérieur.

Ils auront également donné des indications sur le style utilisé pour les dessins/peintures (je pense par exemple à des mentions comme "style byzantin", qui doit nous alerter). Dans le cas de "réédition" ou tout simplement de copie d'ouvrage antérieurs, nous seront confrontés à la fois à des "réactualisations" (notamment de costumes) et à des archaïsmes (car certains costumes sont immuables ou presque (d'un Concile sur l'autre en tout cas), notamment les vêtement sacerdotaux et liturgiques, tandis que d'autres sont savamment codifiés). Il peut être très délicats de distinguer les uns des autres. cela peut également nous conduire à des particularités que nous ne relèverons que dans un seul cas (une seule peinture ou un seul manuscrit ou une seule sculpture).

Mieux vaut alors laisser ces documents de côté ou  du moins les exploiter avec beaucoup de réserve.

Pour des manuscrits, le propriétaire du livre ainsi que l'origine du peintre peuvent-être une indication pour les tenants des "particularités locales" (notion à manier avec précaution et sujette à caution (*) ),  mais cela ne constitue pas une règle fiable à 100%, bien évidemment  (exemple : un peintre italien peut tout à fait enluminer un ouvrage destiné à un commanditaire de Lille ou de Nantes aussi bien que de Poitiers).





(*) Autant on peut éventuellement  "localiser" et "régionaliser" des spécialités lourdes, encombrante, fragiles à transporter mais utilisables et réalisables partout . Je pense par exemple aux céramiques de cuisson courantes et peu chères : là où il y a des carrières d'argile  ou de terre spécifique, on n'a aucun intérêt à faire venir d'ailleurs à grand frais des produits fragiles qui présenteront les mêmes caractéristiques pratiques. En revanche, des boucles de ceinture ou des fermaux, ou des appliques ou de menus bijoux, qui sont peu encombrants et ne coûteront quasiment rien à transporter, là on peut envisager une large aire de diffusion (surtout pour les menus objets réalisés en série avec des moules standards). Surtout s'il n'existe pas de mines à proximité immédiate ni d'"industrie" de production.
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Re: Les précautions à prendre face aux "sources".
Reply #2 - 09/02/12 à 17:19:44
 
Quelques mots à propos des "codifications" dont certain(e)s nous rebattent les oreilles sans détailler,  à tel point qu'il(elle)s semblent tenir pour acquis que tous les destinataires de toutes les oeuvres sont assez cultivés pour être au fait des dites codifications, et les comprendre.

Il y a bien  des codifications ou en tout cas une symbolique récurrente. Mais il ne faut pas croire pour autant que tout le monde y avait accès,  et que cela concerne toutes les oeuvres. Il faut déjà distinguer ce qui s'adresse à une certaine élite (de couteux manuscrits) de ce qui s'adresse à la plèbe - même commandité par des élites, c'est à destination du peuple, qui ne dispose pas de l'éducation nécessaire, ni forcément de "clés" subtiles - (les décorations d'églises par exemple).

Pour ce qui concerne les riches manuscrits enluminés (un codex pouvant décimer un troupeau entier, nécessiter beaucoup de travail de préparation ainsi que de couteux - et dangereux - pigments) on peut se fier au niveau social, au rang du commanditaire. Même s'il s'agit du pire souverain obtus et peu éveillé comme la France en a connus, il a reçu une certaine éducation et a baigné dans cette même éducation, on peut donc supposer qu'il était au fait d'une certaine forme de conventions et de symboles. Ces conventions et symboles ne sont pas parvenus jusqu'à nous en tant que tels. On ne peut que constater,  a posteriori (forcément), des apparitions ou des représentations récurrentes et les professionnels de l'iconographie (je parle bien d'étude en iconographie, pas d'étude d'histoire de l'art - ce qui est une autre discipline, fort honorable, mais bien différente), avec donc de solides bases en histoire peuvent établir des statistiques et poser des hypothèses argumentées.

En clair, il faut, en plus de s'intéresser au contexte des images dans le manuscrit (texte, sujet...), s'intéresser au destinataire du manuscrit (son commanditaire), aux conditions/contexte de réalisation, etc. avant de pouvoir déduire quoi que ce soit, à coup sûr. Autant dire qu'il s'agit là d'un métier et qu'il n'est pas évident pour un débutant ou un néophyte par plus qu'à des diplômés d'autres filières, de penser à englober tous les aspects. Une formation en histoire de l'Art n'est pas forcément suffisante (surtout avec une spécialisation en peinture du XIX°s).
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Re: Les précautions à prendre face aux "sources".
Reply #3 - 05/23/14 à 12:14:03
 
Quote:
Do the lavish ensembles we see in illuminated manuscripts—such as the gowns and hats in the illumination shown above—reflect what people actually wore?

Yes, but you have to be careful in interpreting each picture. Artists did depict actual clothing, but they also included fantastic and old-fashioned garments. You also have to keep in mind artistic license. People in real life were hardly as thin, with waistlines as narrow, as those seen in medieval art.

And manuscript illuminators used fashion not only to set a scene, but also to comment on the characters they depicted.

The most fashionable people in medieval art are often the bad guys. For women’s clothing, look to what the temptresses and prostitutes are wearing. For the men, look at the teenage boys and executioners. The tormentors of Christ are usually dressed to the nines.

http://blogs.getty.edu/iris/the-medieval-clotheshorse-roger-wieck-on-fashion-in-...

Résumé rapide :
Les artistes représentaient effectivement la mode de leur temps, mais en incluant parfois des détails fantastiques et des archaïsmes.

Les personnes représentés à la dernière mode sont les "méchants" : les prostituées, les tentatrices sont toujours vêtues à la pointe de la mode; Pour les hommes, il faut regarder les jeunes gens et aussi les bourreaux (les bourreaux du Christ sont le plus souvent à la mode).



j'ajoute un bémol personnel  :
les bourreaux du Christ sont très souvent "archaïsés" à mort, avec jupette romaine, écailles romaines, casques romains...
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Re: Les précautions à prendre face aux "sources".
Reply #4 - 05/30/14 à 21:18:46
 
Une chose évidente, que l'on a tendance à considérer comme acquise, mais qu'il vaut mieux répéter régulièrement :


Il ne faut pas perdre de vue qu'avec les illustrations on est dans l'évocation, la suggestion, plus que dans la descritpion : il s'agit avant tout  de faire "penser à"  bien avant que de représenter fidèlement l'existant.
Il faut se faire comprendre, tant mieux si on est précis, tant pis si c'est imprécis mais compréhensible : il faut préserver la lisibilité sur un dessin qui fait rarement plus de 10 cm de haut...  Ce n'est pas pour rien que les enluminures qui sont épluchées (ici comme ailleurs) s'appellent aussi des miniatures Wink .

Du fait de la taille des peintures des manuscrits, il y a des artifices de dessinateur/peintre (destinés à ajouter du relief et de la lisibilité aux illustrations), qu'il ne faut surtout pas "prendre au pied de la lettre du trait".

Par exemple, le trait blanc qui souligne les extrémités des vêtements (col, poignet, ourlet) n'est certainement pas le reflet de la présence d'une décoration, mais seulement une astuce pour donner du relief, au même titre que la ligne noire qui constitue le contour de la silhouette (et que, bien évidemment, vous ne reproduirez pas sur vos propres vêtements...).

De la même façon,  les zigouiguouis représentés sur les vêtements (comme les triangles de points, les ocelles, les ronds, les vagues) ne sont certainement pas le reflet des motifs présents sur les étoffes : les artefacts des musées nous montrent des décors très travaillés, très élaborés, qui sont bien entendu impossibles à restituer sur des  robes des 5cm de haut. Pour se faire une idée des dimensions, regardons comment le dessin du vair est représenté : sachant qu'une peau fait dans les 20cm de haut et qu'un médaillon tissé fait dans les 10 cm, il serait impossible d'être précis. Le "point de trinité, cher à certains (qui ne sont jamais revenus sur leur hypothèse) est juste une façon de signaler "ce tissu n'est pas uni mais je n'ai pas la place ni le temps de reproduire le dessin".
Il en va de même pour les décorations (col-poignets-ourlets) que nous interprétons comme pour des broderies classiques : les ronds et les losanges figurent probablement des pierreries et non des dessins au fil de soie ou de laine A moins qu'il ne s'agisse d'appliques de bande de brocart. Quant aux zigzags et aux points et ronds de certains ourlets de chaperons, il est probable que leur présence ait la même signification : "ce chaperon est décoré" sans que l'on puisse savoir s'il était brodé de fil, orné de pierres, de perles ou d'appliques en métal.

Juste un exemple en passant : Les manches du piquier portent les mêmes ronds que les arbustes du décor. Cela ne signifie pas pour autant que les feuilles sont rondes, ni que le tissu des manches a des dessins de feuilles... Wink
https://scontent-a-cdg.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/t31.0-8/1277649_718309488233987
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Hours of Jean de Montauban, Bretagne ca. 1450 (Rennes, Bibliothèque municipale, ms. 1834, fol. 102v)
Je laisse le scan entier, pour qu'on prenne bien conscience de la taille du dessin par rapport à l'écriture, ainsi que du grain du parchemin. Wink
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